Petite session Kyan Khojandi pour moi en ce moment. Après m'être régalée pendant son spectacle "Pulsions", à l'Européen à Paris (jusqu'au 30 avril puis en tournée dans toute la France), je suis allée le découvrir sur grand écran dans Rosalie Blum. Un autre style, plus doux, mais qui tourne quand même autour du sujet de l'homme trentenaire un peu gauche, un peu timide, qu'il incarne plus ou moins depuis Bref.

 

Petit résumé :
Vincent Machot a une vie des plus banales, limite inintéressante. Il est coiffeur dans une petite ville tranquille, il s'occupe de sa mère et de son chat. Son cousin essaie de le faire sortir, lui faire rencontrer des gens pour qu'il oublie cette copine partie à Paris et qu'il n'a pas revu depuis des mois. Vincent n'aime pas trop sortir de son quotidien jusqu'au jour où il rencontre Rosalie Blum dans sa petite épicerie. Il se passe quelque chose, cette femme l'intrigue, il a l'impression de la connaître. Il va alors commencer à la suivre pour comprendre qui elle est, sans savoir jusqu'où sa curiosité pourra le mener...

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Ce film est une première à la fois pour le réalisateur Julien Rappeneau et pour son acteur. Julien est le fils de Jean-Paul Rappeneau et scénariste de Cloclo, Faubourg 36 ou encore Mais qui a tué Pamela Rose. En écriture il a beaucoup d'expériences variées, autant sur des comédies que des drames. C'est la première fois qu'il fait de la réalisation, sans même être passé par la case court-métrage, avec cette adaptation très personnalisé de la BD de Camille Jourdy. Son frère Martin Rappeneau signe la musique douce et poétique.

 

Pour une première expérience, c'est plutôt réussi. Il a choisi de découper son film en trois parties distinctes, comme les trois tomes de la BD auxquels il s'est permis d'ajouter quelques fantaisies, pour créer sa propre vision des personnages. Il fait s'entrecroiser ces trois chapitres intelligemment, apportant à chaque fois des réponses aux parts de mystères découvertes auparavant. Il restera une énigme jusqu'à la toute fin du film qui apportera les dernières réponses, la boucle est joliment bouclée.

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Côté acteurs, on ressent de la fraîcheur et de l'authenticité. Sans être une comédie aux blagues potaches, on sourit gentiment et on se laisse porter par la douce atmosphère de curiosité, on ressent de la tendresse et de l'empathie pour eux. Kyan Khojandi joue ici son premier grand rôle au cinéma, après avoir été second rôle dans Lou ! Journal infime ou encore Nous trois ou rien. Ceux qui l'ont connu dans Bref comme moi, ont une image bien précise de son personnage volubile et qui aborde facilement les sujets concernant le quotidien de sa génération. Dans son spectacle, il y a un côté Bref, mais il va plus loin en livrant une part d'intime revisité très justement avec humour. Dans Rosalie Blum, il montre une nouvelle facette d'acteur, un jeu toujours aussi fluide qui fait transparaître le côté bout en train timide de son personnage sans en faire des tonnes. 

 

On retrouve à ses côtés Noémie Lvovsky qui incarne la fameuse Rosalie, et Alice Isaaz qui joue Aude sa nièce. Toute deux ont aussi une personnalité forte qui se dégage de manière très naturelle, on ne ressent jamais de sur-jeux. Elles ont en elles des secrets et des faiblesses que ce puzzle va travailler, en trio improvisé, jusqu'à ce que chacun se dépasse ou du moins, va au delà de la petite vie tranquille dans laquelle ils se sont chacun installés. Parmi les autres personnages secondaires, la mère de Vincent est excellemment jouée par Anémone qui s'en donne à coeur joie pour jouer la vieille folle en faisant tourner en bourrique son fils.

 

Première expérience de réalisation validée pour Julien Rappeneau. Il livre un film touchant, charmant, d'une joyeuse mélancolie, porté par son trio d'acteurs qui font de leurs personnages ordinaires des êtres extraordinaires avec cette histoire de filature farfelue.