Jean-Marc Vallée aime traiter des sujets qui titillent les émotions et qui vont fouiller dans les relations familiales et intimes, sans mettre mal à l'aise, au contraire, en ouvrant plutôt l'esprit. Je l'avais découvert avec le délirant C.R.A.Z.Y. en 2005 et j'ai été scotchée par Dallas Buyers Club sorti en 2013 où il offrait un rôle magistral à Matthew McConaughey qui lui a d'ailleurs valu un Oscar mérité. Dans Demolition, il se penche sur le lourd thème du deuil avec Jake Gyllenhaal encore une fois possédé par la folie de son personnage.

 

Petit résumé :
Davis est aux côtés de sa femme Julia, elle conduit, lui parle, lui reproche gentiment de ne toujours pas s'être occupé de la fuite du frigo. Il l'écoute d'une oreille, semble ailleurs. Cette banale conversation de couple dans une voiture se termine brutalement en accident qui coûtera la vie à Julia. Davis se réveille indemne à l'hôpital, encore sonné par le choc. Son beau-père est là, dévasté, et lui semble ne rien ressentir. Il se dirige alors vers un distributeur et son paquet de m&m's reste bloqué dans la machine. Il décide d'écrire une lettre de réclamation, puis va en envoyer d'autres en commençant à se confier plus personnellement, sans savoir si ses courriers sont vraiment lus...

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Davis et Julia étaient un couple de la trentaine à la vie active et aux revenus élevés qui leur permettaient de vivre sans ce soucier de quoi que ce soit. Davis est employé dans la grande entreprise de finance de son beau-père, il prend soin de son apparence, fait du sport, roule dans une belle voiture et est accros à son travail. Le jour où il perd sa femme, il perd aussi tous ses repères. En essayant de se rattacher au maximum à son quotidien et son lot de routine sans saveur, il va commencer à remarquer des choses qui étaient insignifiantes jusqu'à présent. Il va très vite changer son comportement jusqu'à paraître fou aux yeux des autres.

 

Jake Gyllenhaal est un habitué des rôles extrêmes. Dernièrement, on l'a vu dans Night Call en homme immoral au possible, puis dans La rage au ventre où il n'a pas hésité à se transformer encore une fois physiquement pour camper un boxeur qui perd aussi sa femme. Dans Demolition, pas de transformation physique, seulement de la justesse d'interprétation et quelques regards qui donne l'impression que la folie le gagne vraiment. Cet acteur est sûrement l'un des meilleurs de sa génération et il porte cette histoire par la qualité et la finesse de son jeu.

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Autour de lui, trois autres interprètes gravitent pour faire apparaître tous les traits de son personnage. D'abord Chris Cooper qui donne ses traits à Phil, le beau-père aigri. Il est en quelque sorte le représentant de sa fille, celui qui ne croit plus en Davis et qui ne comprend pas qu'il ne ressente aucune émotion. En le repoussant, il lui permettra de se reconstruire. Puis on a Karen Moreno et son fils Chris, joués par Naomi Watts et Judah Lewis. Elle sera l'oreille et le soutien, mais aussi elle a besoin de Davis pour bousculer sa vie à elle, comme si elle voyait en lui les échos de sa détresse. Le meilleur est Chris, gamin au physique androgyne, fans d'une musique intemporelle. Par ses questions et sa surprenante maturité, il permettra à Davis de passer de nouveaux paliers, et inversement.

 

Ce deuil est donné au spectateur comme une joyeuse remise en question. Jamais on ne se sent triste, parfois on ne comprend pas vraiment si Davis n'aimait pas sa femme ou s'il est dans le dénis, mais le film à l'allure destructurée donne petit à petit des indices jusqu'au dénouement de cette histoire pleine de sentiments, de fantaisie et d'envie de liberté. L'histoire soulève quelques questions sur notre société où tout va plus vite et où il faut bien rentrer dans des cases prédéfinies. Le personnage de Davis, après avoir vécu un choc brutal, va remettre tout cela en question en commençant par détruire avant de mieux reconstruire. 

 

Demolition est une belle histoire originale qui a le don de mettre de bonne humeur malgré le sujet initial. La bande son entraînante donne envie de vivre la vie à cent pour cent, à l'image de Davis, de prendre le temps d'observer les choses et d'être moins matérialiste.