Voici un film indépendant qui va sûrement passer inaperçu quand je vois le peu de salles dans lesquelles il a pu être distribué (59 salles en France). Et pourtant Moonwalkers est une bonne comédie inattendue, une satire même, sur un des complots les plus discutés du siècle dernier.

 

Aux commandes, on découvre un Frenchy multi-récompensé en publicité, Antoine Bardou-Jacquet, qui signe ici son premier long métrage. Son premier pas vers la fiction lui a même valu un Oscar avec le fameux court-métrage Logorama, puisque c'est lui qui a fondé le collectif H5. Il a pu concrétiser Moonwalkers grâce à une production franco-belge et un scénariste anglais, Dean Craig connu pour Joyeuses Funérailles, afin de recréer la folle ambiance du Londres des années 60.

 

Petit résumé :
Quelques jours avant le lancement d'Apollo 11, la CIA demande à Tom Kidman, un de ses meilleurs agents de retour du Viet Nam, d'aller à Londres convaincre Stanley Kubrick de réaliser un faux alunissage juste au cas où la mission spatiale échouerait. Malheureusement, les circonstances font qu'il ne rencontrera pas vraiment le fameux réalisateur mais Jonny, un looser qui tente de manager un groupe de rock foireux. La force des choses fait qu'ils vont devoir s'associer pour venir au bout de cette mission qui s'annonce périlleuse et réaliser coûte que coûte ce film s'ils veulent sauver leur peau.

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Moonwalkers est un pur délire d'1h47 sous LSD dont l'ambiance est bien résumée dans la bande annonce comme dans le générique psychédélique qui ouvre le film. L'idée part des rumeurs autour des premiers hommes qui ont (auraient ?) marché sur la Lune le 20 juillet 1969. Un événement mondial, un exploit humain et technique, dont la véracité est mise en doute vu le contexte tendu de la guerre froide. Dans le documentaire Room 237 qui parle du film Shining de Kubrick, un intervenant évoque la possibilité que le réalisateur ait été approché par la NASA suite à l'exploit qu'il avait accompli avec 2001 : l'odyssée de l'espace. Il y aurait même des indices cachés dans Shining...

 

Pure spéculation ou vérité cachée, le topo est tout de même intrigant. En y ajoutant le contexte de Londres, ville underground en pleine révolution culturelle, à l'époque folle de Woodstock, de la liberté sexuelle, des Stones à Hyde Park, de Warhol, et bien sûr si on y ajoute des personnages consommant tout type de drogues, un agent de la CIA encore très perturbé de son passage au Viet Nam, le résultat est plus que détonnant.

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Le duo créé avec Ron Perlman, mastodonte américain habitué à des rôles plus sérieux de gros dur, et Rupert Grint, qu'on a vu grandir dans Harry Potter et qu'on n'imagine plus sans baguette, parait des plus improbables. Et pourtant, ça fonctionne très bien.

 

Perlman a débuté en faisant des one man show. Mais Hollywood a catalogué sa gueule dans un autre genre. Il n'attendait que ça, recevoir le scénario d'une bonne comédie pour montrer qu'il peut être drôle, et voilà qui est fait. Face à lui Grint est l'anglais de service, il a le look du looser, il n'était déjà pas loin dans la saga des sorciers en troisième roue du carrosse, un peu pataud. Vient s'ajouter Robert Sheehan qu'on a vu dans la série Misfits notament. Il joue Leon, le colloc de Jonny, drogué ingérable et acteur raté qui va devoir pourtant tromper Kidman en interprétant le rôle de sa vie !

 

Kubrick n'est qu'un prétexte à cette histoire, le réalisateur s'est amusé à lui rendre quelques hommages discrets. Déjà, le nom de Tom Kidman se réfère clairement au couple Tom Cruise, Nicole Kidman, les héros d'Eyes Wide Shut, dernier film réalisé par Kubrick. Puis, quelques musiques classiques rappelant 2001 et Orange Mécanique illustrent certaines scènes de manière très décalée. 

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La mise en place de la production bancale du plus beau canular du XXème siècle est vraiment prenante. Le jour fatidique de l'alunissage approche à grand pas, la CIA met la pression à son agent perdu au milieu de tous ces hippies, et le film a du mal à se monter. Il faut dire que le réalisateur choisi qui essaie de rajouter des idées artistiques improbables n'aide pas à la chose. Le final est peut-être surchargé en délires de tout genre, mais il est grandiose ! C'est tellement extravagant qu'on commencerait même à douter des images qu'on connaît d'Amstrong et Aldrin sur la Lune si on imagine que le fond de cette histoire invraisemblable pourrait être vraie.

 

Je ne vais pas tout décrire, mais préparez-vous à entrer dans un univers décalé, dans des délires incroyables et des situations plus loufoques les unes que les autres. Il faut vraiment se laisser aller pour un humour plein de folie et tout ira bien. Et puis la bande son est géniale et reflète les musiques de l'époque, entre classiques du rock, morceaux plus underground et aussi quelques perles psychédéliques.