Danny Boyle nous offre trois moments clés de la vie de Steve Jobs, choisis intelligemment, sur un scénario du brillant Aaron Sorkin. Alors qu'en 2013 on découvrait Ashton Kutcher dans le rôle du visionnaire d'Apple, et dont la ressemblance physique était frappante, aujourd'hui on a droit à une vision tout à fait différente, loin du biopic classique, avec Michael Fassbender, moins ressemblant, mais très convainquant.

 

Steve Jobs, est-il encore nécessaire à présenter ? Il a été haï et vénéré, il est le gourou d'Apple pour certains, une sorte d'imposteur pour d'autres. Mais il a tout de même révolutionné le monde avec sa vision différente du marché informatique, en voulant faire de l'ordinateur un outil ami de l'homme. D'ailleurs, le film s'ouvre sur Arthur C. Clarke qui explique qu'il est allé voir 2001 : l'odyssée de l'espace (le film est tiré de sa nouvelle) et imagine un avenir avec un ordinateur qui aiderait l'homme dans son quotidien. Celui-ci aussi était un sacré visionnaire. Puis on retrouve Steve Jobs, dans les coulisses d'un théâtre en 1984, agacé et intransigeant avant la démo du nouveau Macintosh. Son ordinateur doit dire "Hello" et ça ne fonctionne plus, à quelques minutes du lancement. Son assistante Joanna Hoffman, dont la patience et la fidélité sont montrées avec justesse par Kate Winslet, n'est pas du même avis. Ce n'est pas grave s'il ne parle pas, de toute façon, dans 2001, l'ordinateur disait aussi Hello et il était loin d'être l'ami de l'homme… L'atmosphère est posée, le rythme est lancé et les dialogues fusent jusqu'à la fin.

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La mise en scène est théâtrale, le film est construit en trois actes bien distincts, avec toujours les mêmes personnages qui viennent remuer l'esprit de Jobs, toujours avant le lancement d'un de ses produits phare. Il n'était, finalement, qu'un visionnaire, plein de convictions et loyal à sa pensée, qu'il croit être la meilleure et indiscutable. C'est ce que ce film montre d'un côté avec l'éternelle querelle entre lui et l'autre Steve, Wozniak, l'informaticien, le technicien, le vrai créateur en quelque sorte. Mais on découvre une autre facette du personnage mythique que le film de Joshua Michael Stern n'avait pas trouvé important à traiter, celui d'un père qui ne s'assume pas. 

 

Les heures qui précèdent ses lancements de produits, il est confronté à différents problèmes, qu'il doit gérer en même temps. On voit bien qu'il est capable de traiter différents obstacles simultanément, la qualité des dialogues renforce cette faculté d'ailleurs. Pourtant, ces moments, en huit clos dans les coulisses, mettent à jour la vraie personnalité de Jobs, et l'évolution de sa personnalité. Il est confronté, en quelques heures, à des problèmes techniques, personnels, familiaux, et on comprend bien qu'il ne peut pas lâcher l'affaire ou l'ignorer, il doit trouver des réponses avant de faire le show. 

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Avec Aaron Sorkin aux commandes du scénario, on ne peut pas s'empêcher de comparer ce film à The Social Network, qui parle aussi d'un homme qui a révolutionné notre rapport à la technologie, Mark Zuckerberg. Les deux films durent deux heures, et pourtant j'ai trouvé le temps passer plus vite avec Steve Jobs. Le débit de parole du premier est telle qu'il demande un effort de concentration qui peut fatiguer. Le personnage de Jobs est plus posé que le créateur de Facebook, pourtant les dialogues sont bien là, et toujours aussi bons. La différence, c'est que Jobs a besoin de marcher, je ne sais pas combien de kilomètres les acteurs ont du faire avec le cumul des prises, mais c'est assez sportif, alors que dans The Social Network, on est tout de même plus souvent assis. D'ailleurs, Dany Boyle avait l'impression d'en faire une suite, était assez intimidé de succéder à David Fincher et avait peur de se retrouver piégé dans ce huit clos. Il s'en sort plus que bien et rend le personnage fascinant, en montrant une évolution psychologique de manière finalement assez simple mais terriblement efficace.

 

Malgré la mise en scène qui rappelle un peu trop la pièce de théâtre, la facette paternelle confrontée à celle du concepteur têtu est fascinante. La qualification de simple biopic est vite balayée par le point de vue intelligent abordé. Ce film mériterait même un deuxième visionnage pour profiter pleinement de la qualité des dialogues.