En 2010, Tom Hooper offrait un rôle marquant à Colin Firth en Roi George VI qui lutte contre son bégaiement dans Le Discours d'un Roi. Cette année, c'est au tour de Eddie Redmayne d'incarner un personnage qui lutte aussi, pour se libérer d'un corps qui n'est pas celui de son âme, dans Danish Girl, parfaitement calibré pour les Oscars.

 

Petit résumé :
Ceci est une histoire vraie, une histoire d'un couple d'artistes danois dans les années 30, une histoire d'une prise de conscience sur l'identité des genres, une histoire d'une femme qui doit faire face à une situation bien inhabituelle, une histoire d'un homme qui était une femme. Gerda Wegener essaie de faire reconnaître son talent de peintre mais cherche le bon sujet alors que son mari Einar est déjà un artiste reconnu. Afin de terminer une commande, elle lui demande d'enfiler des bas de danseuses et de tenir la robe devant lui pour servir de modèle. Quelque chose se libère en lui, quelque chose qu'il refoulait depuis bien longtemps, ce personnage qu'il incarne pour sa femme serait vraiment ce qu'il ressent être de l'intérieur, l'élégante et délicate Lili. Commence alors une lutte entre Einar et Lili, cette dernière prend de plus en plus de place jusqu'à effacer petit à petit Einar.

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Autant Lili s'affirme et commence à vivre, autant Gerda a une situation bien difficile à gérer. On peut bien évidemment saluer la performance d'Eddie Redmayne, ses gestes sont d'un féminin exquis, ses regards à la fois pleins de timidité et de séduction, il se montre coquet et gracieux. On en oublie parfois que c'est bien un homme qui porte ces vêtements, Lili prend entièrement vie derrière ses traits androgynes. Mais on ne peut pas mettre de côté Alicia Vikander qui livre elle aussi une belle performance d'actrice dans un rôle aux multiples facettes. Elle est d'abord la femme aimante, admiratrice de son artiste de mari, une artiste elle même qui cherche à percer et à se faire vendre en galerie. Elle n'a pas encore trouvé le bon sujet, celui qui fera de ses oeuvres des pièces uniques. Puis on la découvre décomplexée et égale à son mari, elle le fait poser, ils sont complices pour tout, joue avec lui la première fois qu'il devient Lili. Quand la situation devient plus compliquée psychologiquement pour Einar/Lili, c'est elle qui a les choix les plus durs à réaliser émotionnellement, elle choisit de le soutenir, quitte à perdre l'amour physique qu'il pouvait lui donner. Ces deux là s'aiment de toute leur âme et ce film montre d'abord cela, outre la progression du personnage de Lili qui va devenir bien réelle petit à petit.

 

Même si l'histoire touche moins que Carol pour ma part, ce film reste très beau. Les images sont composées comme des tableaux, j'avais l'impression d'entrer dans une toile dès les premières minutes puis de sauter d'une oeuvre à l'autre dans un musée imaginaire. Dès qu'on voit Lili, l'esthétique des plans renforce sa délicatesse. Tout est mesuré et très juste, très propre. Peut-être que ça enlève un peu de force au film qui aborde un sujet complexe. En tout cas, tout est parfaitement calibré pour aller à la chasse aux récompenses, jusqu'à la musique d'Alexandre Desplat.