savages

Savages, c'est surtout l'histoire de six personnes, toutes sauvages à leur manière, dont le seul lien est le trafic de marijuana.
Tout commence à Laguna Beach, en Californie, où la belle blonde O. pour Ophélia partage sa vie avec Chon, un ancien militaire qui a connu l'Afghanistant et l'Irak, et Ben, un bouddhiste amoureux de la nature. Ces deux derniers sont amis de toujours et forment avec la jeune femme un curieux trio équilibré. Ils sont à la tête d'un petit business produisant le meilleur cannabis qui soit, à but thérapeutique pour l'apparence, mais très lucratif pour le reste... Un gros cartel mexicain dirigé âprement par une certaine Elena tente de proposer une association aux jeunes gens dans le but de récupérer la qualité de leur produit. Ceux-ci préfèrent refuser ce deal pourtant alléchant. Elena n'acceptant pas la résistance, décèle le point faible des deux hommes et fait enlever O. par Lado, le plus furieux de ses hommes. Même si Chon et Ben sont dans les petits papiers de Dennis, un agent des stups, celui-ci ne peut leur donner que quelques informations à propos d'Elena afin de protéger sa vie. C'est alors que Chon décide d'appliquer ses talents de guerrier, entraînant Ben dans la violence, afin de récupérer leur bien aimée, quite à changer leur vie à tout jamais...

Présenté en avant première jeudi 13 septembre au Gaumont Opéra, Savages a été plutôt bien accueilli par le public présent, ravi par la présence du réalisateur Oliver Stone pour une bonne demi heure de questions-réponses dans un français impeccable. Parmi les questions qui ont été posées, les sujets du choix du casting, de la guerre en Irak ou encore des limites ont été soulevés. 

A propos du casting, Oliver Stone a été très satisfait de ses choix. Salma Hayek lui avait reproché, à l'époque de U-Turn, d'avoir choisi Jennifer Lopez, sans même l'avoir auditionné elle. Cette fois-là, il a découvert en elle un potentiel finalement exploité dans son rôle d'Elena aujourd'hui, comme femme forte et entêtée. Évidemment, John Travolta en ripoux qui cherche à sauver sa peau et Benicio Del Toro en fou furieux sont parfaits. Surtout Benicio Del Toro qui montre encore un fois sa capacité à jouer une personne absolument dégoûtante, sûrement le plus proche du mot "sauvage" dans tous les sens du terme. Ensuite, il y a les plus jeunes, moins connus mais tout aussi bon. On a Blake Lively qui casse son image de Gossip Girl en gentille libertine, goûtant aux plaisirs de la vie avec insouciance auprès de ces deux amoureux. Elle avait déjà effleuré le sujet notamment dans The Town où elle jouait une camée. Ici, elle doit en plus supporter la séquestration des mexicains, qui ne sont pas des tendres. L'acteur britannique Aaron Taylor-Johnson a tapé dans l'œil d'Oliver Stone même s'il n'avait, vraisemblablement, jamais vu aucun de ses films (Kick-ass, Albert Nobbs). Sa seule contrainte était de prendre un accent californien. Il a le physique parfait pour son personnage plutôt baba-cool. Enfin, Taylor Kitsch a intégré le casting de manière classique en passant des auditions. En tête d'affiche de John Carter et de Battleship récemment, il est le parfait complément de Ben, tout en muscle et déterminé.

Chon utilise des techniques de l'armée, connue en Afghanistan et en Irak. On peut entendre quelques répliques un peu ironiques à ce sujet. Certains spectateurs se demandaient si le réalisateur voulait prendre position pour dénoncer ces conflits. Mais Oliver Stone dément et nous explique que ce qui l'intéressait était l'histoire en elle-même, le conflit créé par ces six personnages. Il a acheté dès sa sortie les droits du roman de Don Winslow, aussi co-scénariste, car il était passionné par cette histoire. La violence est partout et la guerre dont parle ce film est celle des cartels mexicains qui s'en prennent à de petits dealers américains afin de prendre la tête du marché. Il note justement qu'en 2006, il y a eu plus de morts à Tijuana qu'à Bagdad, car le trafic de drogues crée de réels conflits.

Enfin, une spectatrice a soulevé un sujet dont Oliver Stone aurait pu, après réflection, parlé pendant des heures. On découvre tout au long du film des personnages qui repoussent sans cesse leurs limites ou tentent d'en imposer. Le trio les repousse, surtout Ben, à la base pacifiste, qui se voit évoluer de manière inquiétante dans la violence, motivé par le fait de sauver Ophelia. D'une autre manière, Elena, bien qu'à la tête d'un gros cartel, s'impose des limites pour essayer de protéger la seule personne qu'elle semble aimer, sa fille. De son côté, Dennis a franchi les limites de son travail dans les stups pour infiltrer les dealers et empocher de l'argent facile. Enfin, celui qui ne connaît aucune limite, c'est Lado, il tue ou torture entre deux rails de coke...

La meilleure façon de terminer cette chronique, c'est de citer une belle phrase qu'Oliver Stone a prononcé pour clôturer la soirée : "le cinéma, c'est toujours pousser et repousser ses limites".